Lily Bloom morte suite à un cancer nous fait découvrir le vrai visage de l'après vie. Car oui les morts sont parmi nous. Ils vivent dans un quartier de Londres, et comme pour les vivants, il leur faut trouver un emploi, un logement, etc... Il leur arrive de créer des entreprises comme une chaîne de restaurants par exemple. La mortocratie s'assure que vous avez payé toutes les dettes contractées de votre vivant (sans ça pas question de passer à l'étape suivante) et gère de façon aussi bureaucratique sa population que les administrations des vivants.Autant la découverte par Lily de ce qui se passe une fois décédée est intéressante, parfois drôle, absurde, surréaliste avec des trouvailles géniales, comme les guides des morts qui sont tous des chamans de tribus dites "primitives" les seuls à comprendre le phénomène spirituel de la mort, autant les jérémiades de Lily et son retour sur sa vie peut parfois être exaspérant voire très ennuyeux. Néanmoins, la personnalité hors norme de cette femme aide parfois à faire passer les longueurs. Sans oublier que les derniers chapitres sont quand même prenants. Moi je vous le dis, pas question de me réincarner s'il faut passer par le dentiste et sans anesthésie (lisez vous comprendrez)L'avis golbesque de Thom
TROIS FERMIERS S'EN VONT AU BAL de Richard POWERSEd Le cherche midi/514 pTrad : Jean Yves Pellegrin
Une photo représentant trois hommes du Westerwald en Allemagne se rendant à un bal en mai 1914 devient l'obsession du narrateur, tandis qu'un certain Peter Mays cherche à comprendre sa ressemblance avec l'un de ces personnages. Mais quel fut le destin de ces trois hommes et que regardent-ils vraiment avec intensité au moment où le cliché fut pris ?La narration est éclatée en trois pôles, le narrateur à la recherche du moindre indice concernant cette photographie, le journaliste Peter Mays à la recherche de son passé, chacun des trois personnages et leur destin individuel. Avec cela, l'auteur rajoute des digressions sur le siècle qui s'avèrent être en réalité ce qui noue entre eux tous ces personnages. C'est au lecteur de recomposer l'histoire par les indices laissés en évidence par l'auteur et l'on se prend facilement au jeu. Qu'est-il advenu de Peter, Hubert et Adolphe ? Depuis ce jour de mai 1914, trois fermiers nous regardent et attendent d'être appelés par l'Histoire. Ce premier roman ne laisse augurer que du meilleur pour la suite de l’œuvre de Richard Powers.
Alexeï Berg jeune pianiste prodige va donner son premier concert le 24 mai 1941. Concert qui n'aura jamais lieu car sa vie va bifurquer dans une direction inattendue.Une histoire sur un homme à double identité racontée avec beaucoup de retenue et une belle écriture. Bien que n'étant pas transportée d'enthousiasme pour ce récit, je le trouve néanmoins intéressant sur le témoignage qu'il apporte de la seconde guerre mondiale côté russe et le système répressif stalinien. Un petit roman qui donne envie de tenter sa chance avec le reste de l’œuvre de Makine.
LE BOIS DUNCTON de William HORWOODEd L'atalante/759p
Prologue : Brin-de-Fougère naquit par une nuit d'avril dans un terrier plein d'ombre et de chaleur qui s'enfonçait au plus profond du réseau de galeries du Bois Duncton, réseau qui appartient à l'Histoire, six années-taupes après la naissance de Rébecca. Ce qui suit est le récit de leurs amours et des efforts épiques qu'ils durent déployer pour pouvoir les vivres un jour. Il s'agit d'une histoire vraie, tirée de nombreuses sources, et qu'on puisse la raconter constitue déjà un miracle aussi grand que les faits qu'elle relate. Mais sans une autre taupe, sans le bienheureux Boswell d'Unffington, Brin-de-Fougère et Rébecca auraient été victimes de leur légende et ce qu'ils ont réellement vécu se serait perdu peu à peu dans la nuit des temps pour devenir une simple histoire d'amour. Or leur vie fut bien davantage que cela comme l'attestent les registres tenus par Boswell. Ce sont eux qui fournissent l'essentiel de la documentation sur laquelle s'appuie cette chronique. Il existe d'autres sources. Certaines figurent dans les bibliothèques des Terriers Sacrés, d'autres sont gravées sur la pierre de rochers solitaires ou toujours transmises par les récits extraordinaires que l'on conte dans chacun des réseaux de galeries que les hasards de la vie ont amené ces trois taupes à fréquenter. Mais elles sont bien fragiles en comparaison de l’œuvre de Boswell lui-même. Sans son amitié, sans son audace, aujourd'hui l'on ne saurait plus rien de Brin-de-Fougère. Pourtant sans Brin-de-Fougère, Boswell n'aurait jamais trouvé la grande tâche qui lui revenait. Et sans Rébecca, il n'y aurait rien du tout à raconter. Donc associez leurs trois noms dans une même pensée reconnaissante quand vous les évoquerez ainsi que les temps troublés où il leur fallut mener leur existence. (extrait)Ou comment passionner le lecteur en mettant en scène des taupes. Attention, ici il ne s'agit pas de gentilles petites bestioles légèrement anthropomorphiques dans leur physique ou leurs occupations bien, qu'on trouve dans la société taupe, un centre religieux (Uffington) avec des scribes (ils écrivent sur des feuilles d'écorce), des chefs de réseaux belliqueux, sanguinaires, des guérisseurs et des sorciers, etc...Voici donc l'histoire des taupes du Bois Duncton qui vécurent sous le règne du tyrannique et violent Mandrake, puis le sournois et malveillant Rune.Il est également question d'une quête, celle de la septième pierre et du septième Livre celui du Silence encore inconnu des taupes-scribes d'Uffington. On y trouve une très belle histoire d'amour qui continue à perdurer malgré la distance, les dangers et le temps qui s'écoulent.Nous sommes loin de l'atmosphère gentillette des histoires pour enfants. L'auteur excelle dans l'art de l'ambiance, on perçoit le passage des saisons dans les modifications du climat, de la végétation et même de la terre. Et que dire de la galerie de personnages qui prennent soudain vie dans la tête du lecteur. Vous ne verrez plus jamais les taupes de votre jardin avec le même oeil une fois ce livre lu.
Ils s’appellent Chamouraï, Vitamine, Le Chanoine, Matousalem, et promènent leur silhouette de félins dans ses romans. On y croise aussi un minibus Volkswagen, une fille un peu paumée, l’admiration de l’auteur pour Hemingway, Gabrielle Roy, John Fante. Ce sont les invités permanents de Jacques Poulin.D'où vient cette sensation d'instant de bonheur tranquille que l'on peut ressentir à la lecture de ses livres. L'écriture ? Simple sans effet de manche, sans recherche stylistique ultra sophistiquée. Les intrigues ? Aussi simple que le style; mais simple ne veut pas dire simpliste et ennuyeux. Et à la limite on ne lit pas ses romans pour l'histoire. On les lit parce qu'ils nous rendent heureux durant quelques heures. Des petits instants de joies tout simples illuminent la lecture, un vol d'hirondelle, un couple d'amoureux écoutant sur le même baladeur des poèmes de Pablo Neruda ...on y est si bien ! Du reste les chats ne s'y sont pas trompés, ils n'arrêtent pas de passer de page en page....LE VIEUX CHAGRIN
Un écrivain en compagnie de son chat "Vieux Chagrin", observe la silhouette d'une femme sur un voilier. En attendant l'inspiration pour son roman, il cherche à faire la connaissance de son étrange voisine.Le sujet peut paraître terne : un homme observant de loin la silhouette d'une femme et tombant amoureux. Mais, par je ne sais quelle magie du verbe et du style, j'ai complètement adhérée à cette histoire. Il se créé une véritable empathie avec le narrateur qui mériterait d'exister tant il est vrai et juste. Quelle déception de devoir quitter le récit à la dernière page lue.CHAT SAUVAGE
Le narrateur, un écrivain public, reçoit la visite d'un vieil homme qui lui demande d'écrire une lettre à sa femme. Intrigué, il tente de percer le mystère de cet homme.Encore du bonheur en pages dans ce roman. Inutile, de connaître le fin mot de l'histoire. Tout l'intérêt du roman est dans le récit du narrateur de sa vie quotidienne, de la femme avec qui il a refait sa vie, de ses souvenirs, de ses petits bonheurs de tous les jours auxquels on ne fait jamais attention. Et peu importe de savoir qui est le vieil homme et qui est cette mystérieuse jeune fille qui semble être en rapport avec celui-ci et la compagne du narrateur.LES GRANDES MAREES
Sur une île déserte, vit le traducteur de bandes dessinées, Teddy. Teddy n'a de contact qu'avec le patron qui le ravitaille et lui apporte de nouvelles traductions à faire. Jusqu'au jour où, divers personnages viennent emménager sur l'île et c'est le début des ennuis pour Teddy.Me revoilà en terrain familier. Comme c'est bon de retrouver les chats (est ce que Matousalem est le même Matousalem que dans Chat sauvage) si chers à l'auteur, un héros amoureux des mots, une fille sans embarras qui entre dans sa vie, etc...Et puis, quelle galerie de personnages plutôt excentriques qui débarquent sur cette île ! De Tête Heureuse la femme du patron (un brin spéciale quand même) et son chihuahua au professeur Mocassin en passant par L'Homme Ordinaire, l'auteur semble démontrer avec brio la théorie de Sartre "L'enfer c'est les autres".LA TOURNEE D'AUTOMNE
Le Chauffeur reprend sa tournée en bibliobus des petits villages de la côte Nord. Déprimé, il s'est juré que cette tournée d'été serait la dernière et que celle d'automne n'aura jamais lieu. Il fait alors la rencontre de Marie et de la fanfare et sa détermination d'en finir vacille.J'en veux un comme ça de bibliobus dans ma ville avec le même chauffeur d'ailleurs (cri de la toxicolectrice bien atteinte). Comme toujours, des phrases toutes simples, des petits évènements du quotidien qui deviennent magiques, et des émotions par dizaines. Plus j'avance dans ses livres plus je suis sous le charme. Bien sûr, on y retrouve tous les ingrédients de ces autres romans mais quel bonheur de savourer ce petit plaisir en se sentant de connivence avec l'auteur. Comme s’il ne s'adressait qu'à vous seul, lecteur privilégié, dans ses pages.
LES ECHOS