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  • : A Livre Ouvert...
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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 06:50
LES SEIGNEURS DE L'INSTRUMENTALITE de Cordwainer SMITH
TU SERAS UN AUTRE
LE REVEUR AUX ETOILES
LES PUISSANCES DE L'ESPACE
L'HOMME QUI ACHETA LA TERRE
LE SOUS-PEUPLE
LA QUÊTE DES TROIS MONDES

Ed Pocket
Trads : Simone Hilling/Michel Demuth/
Denise et Yves Hersant/Alain Doremieu/Michel Deutsch

Où commence le livre ? Il y a quinze mille ans disent les uns, dix huit mille disent les autres. Simples débats d'historiens ; le livre ont peut toujours le lire.

Paul Byron Anthony Linebarger (USA1913-1966) alias Cordwainer Smith a probablement une biographie dont on pourrait faire un roman. L'auteur de ce grand classique sf totalement atypique qu'est Les Seigneurs de l'Instrumentalité a toujours refusé la célébrité. Ce n'est qu'après sa mort que sa véritable identité fut connu et son cycle publié intégralement. Seules quelques rares textes ont été édités dans diverses revues sf. Pour plus de renseignements Le Cafard cosmique a un beau dossier sur l'auteur et son oeuvre et il existe aussi une critique de la salle 101. Après les avoir lu, vous allez trouver mon petit billet insipide certes mais j'espère que vous le lirez jusqu'au bout ne serait ce que pour dire que vous préférez les autres. Par contre, il va falloir vous y faire cela va être long. Il existe également un site officiel de Cordwainer Smith créé par sa fille que vous pouvez consulter.

Ma découverte de ce cycle unique en son genre, avec un ton et un style qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, s'est faite avec l'édition en six tomes chez Pocket. Il existe actuellement une réédition plus complète et avec une nouvelle traduction, chez folio sf. S'agissant d'une relecture, j'ai choisi de relire dans l'ancienne édition afin de pouvoir comparer mes impressions à des années d'intervalles sur un même texte. Et bien, il faut reconnaître que la magie a pris de nouveau. Je suis toujours aussi sensible au charme du ton poétique de l'oeuvre que j'avais adoré à la première lecture.

INSTRUMENTALITÉ DU GENRE HUMAIN : corporation établie après le succès de la rébellion contre les Jwindz dirigée par Laird, Juli Vom Acht et la bandes des Cousins. Son but est de servir tout le genre humain sans le manipuler (RA). Corps dirigeant la plus grande ou la totalité du genre humain (BI). Ses maximes : «  surveiller sans gouverner, arrêter la guerre sans la déclarer, protéger sans contrôler, et plus que tout survivre ! ». Elle protège les hommes et leurs mondes contre les non-humains. Elle laisse ses membres commettre des erreurs et des crimes et se suicider. Elle fait pour l'humanité ce qu'un ordinateur ne peut pas faire (CG). Elle a vocation à lutter pour que l'homme reste l'homme (ST) Elle peut corrompre ses propres officiers (SP). (extrait du lexique)


Le cycle des Seigneurs de l'Instrumentalité s'étend sur une trentaine de nouvelles et deux gros romans L'homme qui acheta la Terre et sa suite Le Sous-peuple. Il s'agit du Livre du futur qui raconte sur une période d'environ dix huit mille ans, l'avenir de l'humanité sous la surveillance des Seigneurs et Dames de l'Instrumentalité. Dans notre futur, l'humanité a connu d'abord le Premier Age de l'Espace avant de se replier sur elle-même abandonnant les rares planètes colonisées à leur sort. L'homme sort enfin de son inertie grâce aux trois soeurs VomAcht et leurs cadeaux (mais seule le cadeau de la troisième soeur ne fut pas accepté par les hommes mais seulement par les sous-êtres) et l'Instrumentalité du Genre Humain est créée. On retrouve les chemins vers l'espace, et l'invention des vaisseaux planoformes qui peuvent dépasser la vitesse de la lumière permet de coloniser des milliers de planètes et de reprendre contact avec celles du premier âge dont La Norstralie où grâce à une maladie mutante de ses moutons, les habitants deviennent monstrueusement riches en vendant le produit qu'ils en tiraient : la santaclara, le stroon qui prolongeait la vie. L'humanité pouvait vivre jusqu'à quatre cent ans avec cela. La Révolution du Plaisir fut proclamée. Les humains vivaient tous pareils jusqu'au même âge, sans maladie, souffrance, ou fléau, dans un bonheur abrutissant que l'on maintenait artificiellement par des drogues s'il le fallait. Les noms furent remplacés par des numéros. Depuis longtemps, des animaux avaient été transformés en sous-êtres afin de faire le travail que les robots ne pouvaient pas faire. Bien qu'étant pensants, ils restaient légalement des animaux et n'avaient pas accès aux droits fondamentaux dont bénéficiaient les hommes véritables. Mais, l'utopie prend fin lorsque l'Instrumentalité se rend compte que les hommes sont malheureux et vont probablement s'éteindre. Alors que certains d'entre eux souhaitent offrir la liberté aux sous-êtres, la majorité proclame La Redécouverte de l'Homme avec la possibilité d'être à nouveau heureux, malheureux, bons ou mauvais, de mourir de maladie ou d'accident. Cette histoire aurait pu se poursuivre et peut-être aurait-on enfin pu savoir que les sous-êtres ont obtenus l'émancipation et l'égalité des droits civiques, par exemple si l'auteur n'était pas décédé suite à une attaque cardiaque.

Il se créa une légende...comment ? Chacun connaissait l'histoire d'Hélène Amérique et de M. Plusgris, mais nul se savait exactement comment s'étaient passées les choses. Leurs noms furent scellés parmi les joyaux éternels et scintillants des idylles. Parfois, on les avait comparés à Héloïse et Abélard, dont on avait retrouvé l'histoire dans une bibliothèque depuis longtemps enfouie. A d'autres époques, on devait rapprocher leur vie de la légende étrange, merveilleuse et sombre du Brave-Capitaine Taliano et de Dame Dolores Oh. De tout cela deux choses se détachaient : leur amour et l'image des grandes voiles photoniques, ces ailes de métal qui enfin emportèrent les hommes jusqu'aux étoiles. Vous parliez de lui et l'on savait qui elle était. Vous parliez d'elle et on le citait lui. Il était le premier marin qui fut jamais revenu sur Terre et elle était la dame qui avait vogué à bord de l'Ame. (extrait/La dame aux étoiles/Les Seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith)

La manière dont a été conçu chaque texte de ce cycle fait qu'il ne donne pas l'impression d'être inachevé ou incomplet. En réalité, l'auteur aurait pu indéfiniment ou au moins jusqu'à ce qu'il se lasse continuer à écrire dans cet univers si particulier. Chaque texte est un fragment, et puis Cordwainer Smith ne s'intéresse pas à raconter l'Histoire, d'ailleurs en règle générale, il dévoile les tenants et aboutissants dès le début, il évacue les grands évènements de notre avenir pour se consacrer sur la petite anecdote à côté de la grande histoire. Et il raconte comme un conte, une fable, une légende, ces petits fragments qui s'insèrent dans un grand tableau d'ensemble. Parfois, c'est une histoire triste, parfois c'est une histoire drôle, parfois les deux. On peut parfaitement pleurer de rire avec une nouvelle aussi délicieusement hilarante (et j'emploie le mot délicieux au sens culinaire du terme) que La Planète de Gustible et pleurer tout court à la tragédie de La Dame défunte de la ville des gueux. Apparemment, le fait que l'auteur ait écrit tout seul dans un coin sans publier de son vivant, fait qu'il s'est permis toutes les audaces et libertés qu'un éditeur lui aurait probablement refusé s'il était sous contrat (« Non Cordy, là tu vois, ça va pas être possible, nos lecteurs ne vont pas te suivre. Et puis d'où sortent ces titres La ballade de C'Mell, La mère Hitton et ses chatons, pas sf, pas vendeur). Du coup, nous avons droit à une oeuvre totalement unique qui devient une source d'émerveillement face aux idées et aux images engendrées à chaque histoire. Et des idées ahurissantes on en croise des plus inattendues. Connaissez vous les peines encourues pour des crimes aussi curieuses que le conditionnel-conditionnel où le condamné est exilé loin de sa planète sans être incarcéré avec possibilité d'y revenir mais si son crime a eu des conséquences néfastes il sera condamné à des peines plus sévères comme les rêves châtiments, la déportation vers l'effroyable planète Shayol ou bien devenir un oublieur. Oui on peut croiser des individus qui ont le don psychique de modifier la chance (et en temps de guerre, c'est très utile), des gentilhommes-suicides, des personnages attachants et fascinants comme C'Mell la fille-chat qui oeuvre dans l'ombre à la liberté des sous-êtres, T'Ruth l'enfant tortue programmée pour vivre jusqu'à quatre vint dix mille ans, Rodd McBann le Norstralien devenu si riche qu'il acheta la terre, sa servante qui devint chirurgicalement un autre Rodd McBann et fut promus au rang de Seigneur de l'Instrumentalité. Il existe une planète des voleurs Viola Siderea et une des receleurs Olympia. En règle générale, lorsque les voleurs de Siderea sont en scène, cela donne toujours des passages forcément très marrants à lire et le plus souvent ce sont des dialogues tels que :
« Tu es le plus doué Benjacomin. Tu es le plus grand voleur de tous les temps.(...)/Le Stroon, le sérum de vie. La Norstralie est la seule planète à le produire (rien à voir avec le texte mais on voit d'où Herbert à sorti son idée de l'Epice hein,) Benjacomin. Elle est inimaginablement riche. /J'ai juré de la dévaliser ou de mourir Et j'ai envie de vivre. Ce sera le plus grand vol de tous les temps. (...)/Les Hitton sont Maîtres d'Armes depuis sept mille ans. Et les Norstraliens dorment sur leurs deux oreilles. On dit que les armes dorment aussi. D'un long sommeil fiévreux/ Moi aussi je dors bien. J'ai été entraîné à la décontraction pendant deux cents ans. Je réussirai/Il le faut Benjacomin. Sinon nous devrions tout rembourser, peut-être même devenir honnêtes. Pour notre planète ce serait la fin de tout./ » ( extrait de La mère Hitton et ses chatons/Les seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith)


Et je pourrais continuer à vous en parler des pages et des pages, sur les influences cosmopolites et surtout orientales de l'auteur (on sent qu'il n'est pas centré sur de l'américanisme à outrance), son humanisme qui transparaît dans ses textes, la présence de personnages féminins très forts alors qu'à l'époque ce n'était pas vraiment une évidence pour le genre. Il y aurait tant à dire sur la forme et le fond, de ce cycle totalement hors normes que je vais finir par vous ennuyer grave. Je vous encourage vivement à découvrir ce grand classique de la sf qui a toute les chances de plaire même aux réfractaires à la sf. Merci de m'avoir suivi jusque là.


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commentaires

Chimère 07/06/2009 21:13

Je suis mauvaise hein ?

Chimère 07/06/2009 21:13

Je suis mauvaise hein ?

Turquoise 06/06/2009 12:09

Ciel ! Dire que j'étais passée à côté de ton billet juste parce que le terme "Instrumentalité" m'avait fait fuir ! (Oh là là, avait-je pensé, cela va être de la SF trop technique pour moi...) Je vais donc m'empresser de réparer c ette erreur...et je pars en chasse de ce titre dès aujourd'hui ! (Chimère, c'est très très mal de me pousser à augmenter ma PAL... ;-D)Bon week end à toi ! 

Chimère 18/11/2008 15:20

Pom, si vraiment cela ne passe pas inutile de forcer hein, la lecture doit être un plaisir avant tout.Joelle, vu qu'il n'y a pas vraiment une obligation à tout lire en bloc pour tout comprendre, tu peux parfaitement intercaler les tomes, d'autant que pour la plupart il s'agit de nouvelles et qui sont assez indépendantes les unes des autres.

Joelle 18/11/2008 14:56

Je suis tentée mais cela me fait un peu peur de voir qu'il y a 4 tomes ... j'essaie de ne pas trop me lancer dans des séries pour me libérer le maximum de temps et pouvoir choisir plus librement mes lectures (vu que j'en ai déjà un bon nombre "d'imposées" !)