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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 08:18

La nuit de la lune bleueLA NUIT DE LA LUNE BLEUE Simon R. GREEN

Ed Milady

Pages : 632

Trad (anglais) : Cédric Perdereau

Format poche

Genre : fantasy

 

 

Le prince Rupert a en plein les bottes et l'armure, franchement c'est carrément abusé comme misssion suicidaire. Second fils du roi John, il est désigné pour une quête périlleuse : tuer un dragon et ramener le trésor qu'il garde afin de renflouer les caisses du royaume qui sont désespérement vide. Pour cela, il doit traverser le Noirbois où se rassemblent des démons qui ne vont pas tarder à fondre sur le royaume. Contre toute attente, voilà que le prince est de retour avec une jolie princesse athlétique et très à l'aise dans l'art de cogner et le dragon qu'il était sensé tuer pour son or mais vu que celui-ci ne collectionne que les papillons, niveau liquidité la quête n'était pas rentable. Et du fond du Noirbois, le prince démon attend la nuit de la lune bleue pour détruire le royaume et faire régner la terreur.

 

Alors pour une bonne surprise c'en est même une excellente. Je me suis dévorée ce livre en une journée vu que je n'ai pas pu le lâcher avant la fin. C'est de la fantasy qui pulvérise certains clichés du genre et même du conte de fée. Ici, ce sont les dragons qui veulent être délivrés des princesses, c'est le prince qui chevauche la licorne vu que la princesse a perdu ce privilège en même temps que son "innocence" pour dire les choses délicatement. C'est bourré d'humour, d'action, de rebondissements. Il y a de la magie, des combats, un chateau apparenté au Tardis car il est plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur et que les pièces de la batisse bougent selon les saisons, des trahisons, des complots, je ne me suis pas ennuyée une seconde. Seul ridicule bémol, l'identité du traître est trop évidente mais le récit est tellement enlevé, et trépidant qu'à la limite ce n'est pas bien grave.

 

Les personnages sont également à la hauteur. Même ceux que l'on déteste en début du roman parviennent à éviter le cliché dans lequel ils pourraient être enfermés. Non le roi John n'est pas qu'un père qui marque une préférence pour son fils aîné et tient à voir mourir son autre fils, non Harrald le prince héritier n'est pas qu'un type imbu de lui même et assoifé de pouvoir, chacun dévoile une personnalité inattendue et on finit par s'attacher à eux. Les "méchants" ont un petit plus qui donnent envie de savoir ce qu'il va advenir d'eux. Quant au quatuor Rupert, Julia, la licorne et le dragon il est franchement très réussi et donne envie de les suivre jusqu"au bout du monde. 

 

Outre l'humour (et certains passages m'auront occassioné des fous rires incontrôlables) qui pose quand même des questions existentielles comme comment soulager sa vessie quand on est en armure complète et faut-il exterminer les ménestrels qui tricotent des chansons sur le thème du chevalier héroïque qui pulvérise d'une seule main une horde de démons ?, il y a quand même une vraie histoire passionnante à suivre, avec des enjeux de taille, des batailles dantesques, de la magie qui cartonne, des créatures étranges, un joyeux capharnaum que je suis très heureuse d'avoir exploré.

 

Tellement d'ailleurs, que la suite des aventures du Rupert et Julia est déjà là et sera bientôt dévorée avec enthousiasme. Vous voulez vous évader du quotidien trop cafardeux, optez pour ce roman ça va vous redonner le sourire et de l'énergie et vous allez craquer pour ces héros tellement attachants.

 

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 08:57
LA BOUQUINEUSE de Zoran ZIVKOVIC
Ed Xenia
Pages
Trad (serbe) : Svetlana Valenti et Slobodan Despot
Grand Format
Genre : littérature serbe

"Qu'était- ce donc ces pensées qui lui venaient à l'esprit ? Il était encore plus difficile de répondre à cette question. Se souvenir de son premier livre n'était peut-être pas impossible, mais savoir quel serait le dernier était inconcevable.." (extrait)

Mademoiselle Tamara aime lire mais la lecture n'est pas une activité anodine. Certains livres voient leurs pages devenir blanche, d'autres rendent aveugles. On lui donne des rendez vous bizarres par des cartes postales insérés dans sa lecture du moment, elle reçoit une proposition de travail curieuse. Il se passe beaucoup de choses dans la vie d'une lectrice au moment où elle lit.  Chaque chapitre porte le nom d'un fruit. Chacun d'entre eux est une histoire à part entière centrée sur cette lectrice en qui chaque LCA peut se reconnaître. Un livre qui donne envie d'une bonne salade de fruit (d'ailleurs le dernier chapitre porte ce titre : La salade de fruit) pour picorer à sa guise un chapitre là puis un autre ici. Une écriture très travaillée avec un goût pour l'étrange, et le surréalisme qui donne beaucoup de charme à la lecture. On se demande à chaque chapitre comment l'auteur va de nouveau nous surprendre dans son récit. C'est toujours innovant avec de belles réflexions sur la lecture et l'acte de lire.

J'ai dégusté avec gourmandise.





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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 15:30

Partie I

Partie II

3 L'histoire

"C'est à l'heure du commencement qu'il faut tout particulièrement veiller à ce que les équilibres soient précis. Et cela, chaque soeur du Bene Gesserit le sait bien. Ainsi pour entreprendre cette étude de la vie de Muad'Dib il convient de le placer tout d'abord en son temps, en la cinquante septième année de l'Empereur Padishah Shaddam IV. Il convient aussi de bien le situer sur la planète Arrakis. Et l'on devra ne pas se laisser abuser par le fait qu'il naquit d'abord sur Caladan et y vécut les quinze premières années de sa vie : Arrakis la planète connue sous le nom de Dune restera sienne à jamais. Extrait du Manuel de Muad'Dib par la princesse Irulan.(extrait)"

 

C'est à partir de ces premières lignes que va commencer un récit  fascinant dans un univers d'une extraordinaire richesse. Univers qui évolue de livre en livre, avec l'apparition de nouvelles technologies, de nouvelles religions, de nouvelles perspectives sur les peuples qui le composent. Si les deux premiers tomes sont axés sur Paul Atréïdes et comment il introduisit une nouvelle ère, les deux suivants suivent le parcours de son fils  Leto II qui cherchera à briser le mythe de Muad'Dib et à conduire l'humanité vers sa survie, quant aux derniers tomes il se déroule des milliers d'années plus tard et décrit un univers où la trace de Leto II perdure toujours mais est en train de s'effacer. Qui plus est, il est centré sur l'ordre des Bene Gesserit anciennement les opposantes aux règnes de Paul et Leto II. On entre dans un monde d'une complexité rare, où finalement rien n'est réellement acquis. A côté de cela, Dune a ceci de déconcertant que contrairement à d'autres oeuvres sf de la même période, le culte du héros y est considéré comme suspect voire dangereux. (« Ne fabriquez surtout point de héros » disait mon père. La voix de Ghanima, Extrait de l'Histoire Orale).Il est vrai que Paul et son fils se sont acharnés à vouloir défaire tout ce qui a été fait en leur nom devenu divin aux yeux de leurs contemporains sans toujours y parvenir. (cf un article intéressant trouvé sur le blog de Schizodoxe). 


4 Les personnages

Il existe une incroyable diversité de personnages, avec notamment une place de choix faite aux femmes qui sont souvent en situation de pouvoir ou considérées comme très compétentes dans leur domaine y compris militaire. Avec ce cycle, on a des personnages féminins qui font autre chose que jouer les potiches de service.  Et l'auteur ne se contente pas d'un ou deux types de personnages féminins, il décrit plusieurs personnalités féminines fortes et marquantes commeAlia d'abord soeur de Muad'Dib puis régente impériale en lutte contre ses démons intérieurs, sa mère Dame Jessica, les Révérendes Mères du Bene Gesserit  réprésentantes d'un Ordre strictement féminin dotées de talents et capacités étonnantes,  la douce Hwi Noree, même les dangereuses Honorées Matriarches. Chacune agit , pense de manière différente.
Et du côté masculin, c'est exactement la même chose. Même le personnage le plus secondaire limite figurant présente des facettes complexes et humaines diverses. L'abominable baron Harkonnen n'est pas seulement un vilain psychopathe, il est intelligent, retors, il a ses failles et ses  motivations personnelles pour éliminer ses ennemis naturels, le comte Fenrig qui n'apparaît que de façon parcimonieuse sur quelques pages est un personnage fascinant, limite mystérieux avec une tragédie personnelle et intime, et pas seulement l'assassin de l'Empereur. Alors que dire de ceux qui vivent sur des centaines de pages.  Soucis du détail et de la diversité dans la psychologie humaine prédomine donc. Et du coup, vous n'avez que l'embarras du choix dans vos préférences en matière de personnages.
Un cas particulier cependant : Duncan Idaho. C'est un personnage un peu à part puisqu'il est le seul à être présent du début à la fin du cycle. D'abord personnage secondaire, il finit par devenir "le personnage central" du cycle sur les deux derniers tomes (cf lettre à un fan). Il est le témoin qui a vu le début et à la limite verra la fin. Avec lui, le lecteur garde un repère et une mémoire de ce qu'il y a eu avant et n'est jamais totalement perdu.

III Conclusion : vous aussi vous pouvez aimer Dune


Parce que Dune c'est un univers d'une richesse et d'une densité prodigieuse, des personnages complexes, attachants, repoussants, mais toujours intéressants, des intrigues politiques, religieuses, que le cycle recèle des niveaux d'interprétations multiples, qu'on y trouve l'amour, la haine, la vengeance, des pouvoirs prophétiques, des peuples et des coutumes étranges et fascinants, que l'on voyage dans l'espace et le temps, que cet univers évolue sans cesse avec l'apparition de nouvelles technologies, de nouvelles cultures et religions, il y a de fortes chances pour que vous succombiez vous aussi à l'atmosphère envoûtante de cet incontournable de la sf.

Parce que l'univers de Dune est un univers qui se méfie des technologies de pointe, les allergiques aux explications scientifiques pures et dures, des descriptions des fonctionnement des vaisseaux et autres merveilles de la technologie du futur y trouveront leur bonheur.

Parce que Dune c'est l'émerveillement à chaque page, et un voyage extraordinaire comme il ne sera pas possible d'en faire d'autres du même genre  n'hésitez pas à quitter ce monde pour un lointain futur sur des planètes lointaines, vous n'allez pas le regretter.


 

 

 

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 18:03

Partie I


II Les livres

 Le cycle peut se diviser en trois partie Dune et le Messie de Dune qui raconte le parcours de Paul Atréïdes, Les Enfants de Dune et L'Empereur Dieu de Dune où Leto II le fils de Paul devient le personnage principal, Les hérétiques de Dune et la Maison des Mères où des milliers d'années après la mort de Leto, le Bene Gesserit via une descendante des Atréïdes Darwi Odrade doivent faire face à de sérieux problèmes. Chaque tome du cycle dispose d'une fin plus ou moins ouverte mais qui a le mérite de ne pas frustrer le lecteur qui ne veut pas avancer plus loin. Le dernier tome originellement aurait dû avoir une suite mais la mort de l'auteur n'aura pas permis la réalisation d'un septième et dernier tome. Bon aujourd'hui Brian Herbert le fils et son comparse K.J Anderson se donnent pour tâche de compléter l'oeuvre paternelle notamment en écrivant la suite mais je reparlerai de cela plus tard.
 

1 Résumé des épisodes :  

Attention, vous entrez dans une zone de turbulence littéraire. Si vous êtes en train de lire le cycle de Dune ou que vous voulez le faire, que vous préférez ne rien savoir et ne pas vous gâcher la surprise, je vous suggère de sauter cette section qui résume la situation de départ de chaque tome de la série. Je m’efforce de ne pas trop en dire mais certaines informations pourraient vous gâcher le plaisir de la découverte. Ou alors, vous avez détesté le premier tome et n'avez pas l'intention de continuer à lire dans ce cas bienvenue.

 Dune : Arrakis aussi appelé Dune est une planète désertique aux conditions de vie extrêmement difficile car l'eau est très rare. Mais c'est la seule planète de tout l'Empire où l'on trouve et produit l'Epice, la drogue de longue vie, nécessaire à la survie de tous. La Maison Harkonnen qui au nom de l'Empereur gère en fief la planète et assure la bonne production de l'Epice doit sur ordre Impérial céder son privilège à son ennemi de toujours la Maison Atréïdes dirigée par le duc Leto.

 Le Messie de Dune : Devenu Empereur, Paul Atréïdes n'a pas pu empêché le jihad et des hordes de légions fremen ont déferlé sur les planètes de l'Empire imposant la loi et la religion de Muad'Dib partout. Mais des conspirateurs cherchent à le détruire et ils semblent avoir une arme toute trouvée pour cela.

 Les Enfants de Dune : Muad'Dib est parti seul dans le désert rencontrer son destin et a laissé son Empire à sa soeur devenue Régente pour le compte des enfants de son frère Leto et Ghanima des jumeaux nés comme elle avec les souvenirs de tous leurs ancêtres. Arrakis, est en train de devenir un vert paradis et l'Epice se fait de plus en plus rare à mesure que disparaît le ver géant des sables.  

L’Empereur-Dieu de Dune : Trente cinq siècles après sa symbiose avec le ver des sables, Leto II le tyran règne sur l'Empire et prépare les germes nécessaire à la réalisation du Sentier d'Or, la survie de l'humanité. Un nouveau ghola Duncan Idaho va bientôt arriver pour le servir et les Ixiens envoie Hwi Noree comme ambassadrice sur Arrakis dans un but bien précis.  

Les Hérétiques de Dune : Des milliers d'années après la mort de Leto II, qui a entraîné la Grande Famine et la Dispersion de l'humanité dans l'univers nécessaire à la survie de l'espèce, son souvenir reste toujours aussi vivace lié à l'Epice et à Arrajis redevenu une planète désertique gérée par les Prêtres du Dieu Fractionné. Mais revenus de la Dispersion, certains groupes ont des projets de conquête et une petite fille capable de de commander aux vers géants des sables est née sur Arrakis.  

La Maison des Mères : Les Honorées Matriarches issues de la Dispersion sont en train de lancer un vaste plan d'invasion et les planètes tombent les unes après les autres. Seul le Bene Gesserit peut encore s'opposer à cette conquête. Darwi Odrade a un plan. Un plan audacieux et très risqué pour la survie de l'Ordre et de ce qui reste du vieil Empire.  

 

3 Pour bien débuter

Peur d’être totalement perdu et dépassé dans le monde de Dune ? Suivez le guide
!

Nous sommes dans un futur très très lointain où la Terre n’est plus qu’un vague souvenir, une légende et où l’humanité a migré sur des milliers de planètes et s’est organisé en une société pseudo féodale regroupant Maisons Mineures et Maison Majeures. Le Landsraad l’assemblée de ces Maisons est présidé par l’Empereur représentant la Maison Corrino. L’actuel Empereur est donc Shaddam IV. Autour de cette assemblée gravitent plusieurs grandes organisations plus ou moins indépendantes du pouvoir impérial et notamment la Guilde spatiale qui détient le monopole des transports spatiaux.

Il faut savoir, qu’il y a longtemps de cela,une guerre, le jihad butlérien s’est elevée contre les machines pensantes et ceux qui les utilisaient et a conduit à interdire les ordinateurs et intelligences artificielles (« Tu ne fabriqueras pas de machine à l’esprit de l’homme semblable »). Il a donc fallut trouver des solutions de remplacement pour assurer les tâches que faisaient les machines. Par exemple les Navigateurs de la Guilde peuvent « voir » le meilleur chemin à suivre pour aller d’une planète à une autre, les Mentats aussi appelés ordinateurs humains ont développé une aptitude à la logique la plus poussée et la capacité de traiter des milliards d’informations en quelques fractions de seconde…mais les Ixiens continuent de leur côté à développer des technologies qui sont tout de même sévèrement contrôlées par l’Imperium.

L’épice ou le Mélange est au centre de cette société et est même devenue indispensable notamment pour permettre aux Navigateurs de la Guilde de « voir » et diriger les vaisseaux dans l’espace. Grâce à cette drogue, on vit plus longtemps également. L’Epice est tellement précieuse qu’elle sert de monnaie. Or, seule Arrakis une planète aride où l’eau est plus précieuse que l’or du fait de sa rareté également appelée Dune peut produire cette drogue vitale pour la survie de tout l’Empire. Dune est convoitée par beaucoup de mondes. Avant les événements racontés dans le livre, elle était un des fiefs de la Maison Harkonnen ennemie jurée de la Maison Atréïdes. Mais l’empereur et le baron Harkonnen se sont plus ou moins alliés pour détruire les Atréïdes du fait de la trop grande popularité du duc Leto le Juste au sein du Landsraad qui pourrait le mener au trône impérial (l’empereur n’a pas que des filles) et un piège est donc tendue avec comme appât le passage d’Arrakis des Harkonnen aux Atréïdes. Et ici débute l’histoire. 


A suivre
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 16:29

Le cycle de DUNE de Franck HERBERT :
DUNE
LE MESSIE DE DUNE
LES ENFANTS DE DUNE
L'EMPEREUR DIEU DE DUNE
LES HERETIQUES DE DUNE
LA MAISON DES MERES
Ed Pocket
Trad : Michel Demuth/Guy Abadia
Format poche
Genre : sf culte

Comme quoi tout arrive, lors de mon défi personnel de relecture en 2008 j'avais inclus le cycle de Dune de Frank Herbert, et si la relecture avait bien eu lieu, j'ai tardé et tardé à faire un billet dessus. Je n'ai pas arrêté de modifier, ajouter, changer des passages durant l'année sans jamais être satisfaite de ce qui en sortait.  Mais bon, la gestation a assez duré, il est temps d'accoucher. Ce n'est pas vraiment parfait et je pense que ce ne le sera jamais. Au vu de la taille du document d'origine une publication en plusieurs parties s’impose.Finalement, un an quasi jour pour jour après ma relecture, voici enfin ce que je peux en dire.

Sommaire

I Introduction : moi et Dune une longue histoire d’amour

II Les livres

           1 Le contexte

         2  Résumé des épisodes      

        
          3 Pour bien débuter

         4 Le récit

         5 Les personnages

 
IV Conclusion : vous aussi vous pouvez aimer Dune


I Introduction : moi et Dune, une longue histoire d'amour

La première fois que j'ai lu Dune, c'était pour comprendre quelque chose à l'adaptation cinéma de David Lynch qui était passé un soir à la télévision et où je n'avais pas saisi grand chose. Et donc après un emprunt à la bibliothèque, je me suis confortablement installée, bien calée contre mes oreillers, et c'était parti. Et bien parti parce qu'au bout de dix pages j'avais quitté mon lit, ma maison, la planète terre, j’avais fais une plongée directe dans l’univers de Dune et je n’étais pas prête à en ressortir.

Totalement déconnectée de mon quotidien, j’ai senti crissé le sable d’Arrakis sous mes pieds, j’ai manqué suffoqué sous la chaleur impitoyable de cette planète, j’ai appris à marcher sur le sable comme un fremen, à porter le distille, je ne faisais pas ma finaude quand il a fallut chevaucher le faiseur la première fois, je suis tombée amoureuse de Duncan Idaho (Paul était trop jeune pour moi et puis bon déjà casé), je me suis droguée à l’Epice (avec option orgie dans les sietch), j’ai participé à la bataille finale contre l’Empereur,j'ai regretté de ne pas savoir jouer de la balisette à neuf cordes comme Gurney Halleck. j’ai découvert de nouveaux métiers d’avenir : Mentat, Diseurs de vérité, Navigateurs de la Guilde, Planétologiste ..etc..: («Quand je serai grande, maman, je serai une Bene Gesserit ! Passe ton bac d’abord ! »), Après un tel voyage ce fut très dur de revenir à la réalité et réintégré le XXème siècle.

J’ai enchaîné immédiatement avec l’intégrale du cycle et avec autant de passion. J’étais si bien immergée que pendant les quatre mois qui ont suivi la dernière page du dernier tome lu, je n’ai rien pu lire d’autre. Tout était fade, insipide, sans intérêt. Dune m’aura ouvert toute grande la porte de la sf (comme Tolkien le fera pour la fantasy un peu plus tard) et reste parmi les livres que je relis régulièrement.

Car le cycle se prête très bien à la relecture. A chaque fois, j’y découvre un aspect que je n’avais pas vu la précedemment, certains personnages que je trouvais antipathiques deviennent des amis, et si la trame de l’intrigue ne laisse plus de surprise, cela permet de se focaliser sur plein d’autres aspects du récit. On peut aborder le cycle sous plein d’angles différents : la religion, la politique, l’écologie, la sociologie, l’économie, et j’en oubli. Je l’ai même tellement re-re-re-relu que finalement la relecture en VO n’est pas compliquée du tout.

C’est le Livre Univers par excellence où rien n’est laissé au hasard. Chaque aspect de ce monde est cohérent avec les autres et ajouté les uns aux autres (histoire, langues, cultures, philosophies, religions économie, légendes, etc…), ils donnent de la profondeur et une sorte de réalité matérielle au récit renforcée également par les appendices en fin de volume du 1er tome avec cartes, généalogies, glossaire, etc…Comme l’histoire se prolonge sur des milliers d’années, l’évolution de l’univers est pris en compte dans tous ses aspects également. Il n’est pas rare que les gentils d’un tome soit les méchants de l’autre (je schématise beaucoup mais c’est l’idée) et inversement. Rien n’est figé dans le récit comme dans le monde réel, tout change.

Extrait de Sur la Route de Dune : (Frank Herbert écrit à un fan) « Et puis j’ai choisi de finir d’une façon non hollywoodienne pour que le lecteur quitte l’histoire en emportant des fragments avec lui. Je ne voulais pas qu’il se sente noué bien proprement avec des fragments de souvenirs qu’il allait oublier dix minutes après. La désinvolture fait partie de nos tares modernes. Je n’écris pas avec désinvolture et je serai navré d’apprendre que quelqu’un m’a lu avec désinvolture. Je crains d’être présomptueux mais je ne porte aucun jugement moral sur ma technique d’écriture. Bonne ? Mauvaise ? Indifférente ? Je revendique les trois. C’est aussi qu’elle contient ce que j’appelle des « niveaux verticaux » dans lesquels le lecteur peut pénétrer. On choisit un niveau pour le suivre durant toute l’histoire. A la relecture vous pouvez choisir tel ou tel autre niveau et découvrir quelque chose de « neuf » dans l’histoire. Cela n’est pas une chose qui peut être soumise à analyse. Il n’existe pas de vérité que l’on peut découvrir ainsi. Extrait (lettre à un fan, La route de Dune F. Herbert, B. Herbert et K.J Anderson)

A suivre...

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 13:22

AVRIL ENCHANTE d'ELIZABETH VON ARNIM
Ed Salvy
Pages : 367
Trad (anglais) : François Dupuigrenet Desrousilles
Grand format
Genre : littérature anglaise

Par une journée pluvieuse à Hampstead, Mrs Wilkins malheureuse dans son mariage et Mrs Arbuthnot réfugiée dans les bonnes oeuvres pour oublier que son mari ne l'aime plus, font connaissance à leur club. Ayant relevé la même petite annonce : une location d'un château pour le mois d'avril en Italie, ne serait ce pas merveilleux de pouvoir partir sans leur mari respectif pour un mois au soleil ? Leurs économies étant maigres, elles décident de proposer à deux autres dames de partager la location. C'est ainsi que lady Caroline Dester cherchant à fuir ses trop nombreux soupirants et Mrs Fisher veuve réfugiées dans ses chers auteurs disparus feront partie du voyage.

Je ne remercierai jamais assez Allie de m'avoir donnée envie de lire ce roman et accessoirement de m'avoir fait découvrir un auteur dont je vais piller la bibliographie avec bonheur. Grâce à elle, j'ai passé quelques heures délicieuses en compagnie de ces dames. Ce fut même trop court. J'aurai bien aimé savoir ce qu'elles deviennent après la dernière page du livre. Après une période d'acclimatation plus ou moins longue pour chaque locataire à la douceur de vivre dans ce paradis terrestre, les rigidités des conventions sociales fondent au soleil, on se laisse aller aux confidences, les amitiés les plus improbables se forgent. Même la vieille Mrs Fisher pourtant persuadée que sa vie est derrière elle ressent à son grand étonnement comme le bourgeonnement d'une nouvelle jeunesse (c'est inquiétant non ? Et est ce bien convenable ?). Je recommanderai ce roman pour une thérapie anti stress au vu de la douce euphorie ressentie à la lecture. Rien de plus facile avec ce livre que de se laisser aller à la douce farniente sous le soleil avec la mer en paysages et de beaux jardins où l'on trouve des fleurs à profusion. Du reste le parfum des glycines se diffuse à travers les pages histoire de vous donner envie de partir vous aussi là bas au soleil et dans un château si possible. Une délicieuse petite douceur à lire sans modération.

Chiffonnette veut partir en Italie elle-aussi.
 


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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 01:23

LES PETITES FEES DE NEW YORK de Martin MILLAR
Ed Intervalles
Pages :301
Trad (anglais) : Marianne Groves
Grand format
Genre : fantasy urbaine

L'histoire se passe à New York, dans la 4ème rue Est pour être précise. Un beau jour, deux fées écossaises Morag Mac Pherson et Heater Makintosh (avec toute la panoplie de la fée classique, la petite taille, invisibles à la plupart des humains, les ailes, le kilt, le violon pour faire folklore) font irruption dans l'appartement de Dinnie, et vomissent sur sa moquette avant de sombrer dans un comas éthylique (l'abus de whisky, bière et champignons hallucinogènes est à déconseiller). Tandis qu'Heater reste chez Dinnie, sale bonhomme asocial, aigri et pire joueur de violon qui puisse exister, Morag s'installe chez Kerry la gentille voisine de Dinnie atteinte de la maladie de Crohn et obsédée à l'idée de réaliser un alphabet de fleurs. D'autres fées venues d'Angleterre (pour échapper à la dictature du roi Tala qui a découvert la révolution industrielle avec ses usines et sa production de masse et a donc besoin de mains d'oeuvres sous payés et pas forcément volontaires pour travailler dans lesdites usines) et d'Irlande avec les deux écossaises ont échoués eux à Central Park.

«-  Vous sortez d'où vous ? demanda l'écureuil.
Nous sommes des fées, répondit Brannoc et l'écureuil s'écroula de rire sur la pelouse parce que les écureuils de New York sont cyniques et ne croient pas aux fées
 » (extrait)

Un livre préfacé par Neil Gaiman part déjà sur de bonnes bases pour me plaire. Et je ne fus pas déçue loin de là. Ce petit roman est typiquement le genre de livres que l'on aimerait pouvoir acheter en stock afin de l'offrir à tout son entourage. J'ai été sous le charme durant toute la lecture. Tiens si je l'avais eu avant le concept de la chaîne de lectures je l'aurai proposé sans le moindre doute (pour la prochaine peut-être ?). C'est donc un gros coup de coeur.

C'est étonnant comme en peu de pages, il peut se passer plein de choses dans ce roman. New York abrite ses propres fées venues de pays divers avec les immigrants, une clocharde un peu dingue se prend pour un général athénien de l'antiquité en pleine guerre contre les perses, le fantôme d'un célèbre musicien est à la recherche de sa guitare, Le songe d'une nuit d'été va bientôt être joué et la pièce est en répétiton toujours dans la même rue (forcément ça ne pouvait être que cette pièce là). Bref, il ne se passe pas un chapitre voire un paragraphe sans qu'il ne surgisse un personnage, un événement qui vient compliquer et transformer en chaos une situation déjà pas simple à la base.

Pourtant l'histoire est écrite sans description interminable, sans passage de transition entre les événements, sans analyse de caractère ou sociale s'étalant sur des dizaines de pages, pas de fioriture et d'effet de style recherché et bizarrement alors que l'écriture semble succinte, le charme agit et les pages se tournent avec délectation jusqu'à la dernière ligne.

Cela est dû au fait que les fées sont des personnages terriblement attachants, même les deux pestes que sont Morag et Heather deviennent sympathiques au fur et à mesure qu'elles déclenchent sans le vouloir les catastrophes en croyant bien faire. Elles ne connaissaient que la campagne écossaise et ont bien du mal à comprendre les codes à suivre pour vivre dans une grande ville comme New York (notamment on ne va pas dévaliser une banque pour fournir de l'argent à ses amis humains, les fées italiennes qui protègent ces banques ne seront pas contentes du tout). De multiples histoires amenées par des personnages qui s'ajoutent à la galerie au fur et à mesure s'imbriquent les unes dans les autres pour un final de haute volée.

C'est drôle, enjoué, sans passage à vide, trépidant  très à l'image des fées qui n'aiment rien tant que rire, chanter, boire, jouer de la musique (il est beaucoup question de musique et de violon dans l'histoire) et s'envoyer en l'air sans complexe. Ce roman est un vrai petit bijou qui devrait même plaire aux allergiques au surnaturel. Sans compter que ses pages semblent avoir le don de vous remonter le moral et de vous faire sourire béatement pendant toute la lecture et après. On aimerait tous avoir une petite fée chez soi, enfin à condition qu'elle ne se saôule pas pour vomir sur notre moquette même si le vomi de fée sent la rose pour les humains (dixit Heather).

« C'est forcément le destin vu qu'une des raisons pour lesquelles Heather et moi avons quitté Cruickshank au départ étaient que toutes les fées s'étaient liguées contre nous parce qu'on jouait des versions garage-punk de danses traditionnelles écossaises et qu'on portait des kilts déchirés. Elles nous reprochaient aussi de nous teindre les cheveux » (extrait)


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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 13:23

LES MILLE ET UNE VIES DE BILLY MILLIGAN de Daniel KEYES
Ed Le Livre de Poche
Pages : 634
Trad (anglais) : Jean Pierre Carasso
Format poche
Genre : littérature américaine

Billy Milligan est arrêté dans l'état de l'Ohio pour le viol de trois jeunes femmes. Cependant bien que les preuves de sa culpabilité sont indiscutables, son comportement pendant sa période de détention amène ses avocats à demander une expertise psychiatrique. Le diagnostic est celui d'une pathologie mentale peu commune et encore controversée : le syndrome de personnalité multiple.

C'est ainsi que Ragen un yougoslave spécialiste des armes à feu et du combat, Arthur londonien intellectuel un rien condescendant, Christine une enfant de 3 ans, Tommy adolescent roi de l'évasion et capable de bricoler n'importe quoi, Allen beau parleur et plutôt doué en peinturen, en tout 24 personnalités vivent dans le corps de Billy Milligan.

Jugé irresponsable au moment des faits qui lui sont reprochés, il est interné en hôpital psychiatrique. C'est au cours de sa thérapie qu'il rencontre l'auteur. Ce livre est le résultat des entretiens de l'auteur avec ce curieux personnage qui a défrayé la chronique. Instrumentalisé par les politiques, le milieu psychiatrique, transféré d'hopitaux psychiatriques (qui ressemblent plus à un milieu carcéral répressif sans véritable objectif  thérapeutique) en prisons, Billy Milligan a eu une vie mouvementé.

Cela faisait un petit moment que je n'avais pas eu de gros coup de coeur pour une lecture et  j'ai adoré me plonger dans cette histoire là. Un livre qui se lit comme un roman mais qui n'en est pas un, qui se dévore page par page, tantôt chronique judiciaire, tantôt biographie, mais aussi rapport médical. L'auteur ne se permet aucun parti pris et se contente de livrer le portrait d'un individu fascinant pour lequel on ne peut s'empêcher d'éprouver de la sympathie malgré ses crimes. C'est près de 17 ans de son existence que Daniel Keyes consacrera à cet homme et la suite de son histoire Les mille et une guerre de Billy Milligan promettent d'être intéressantes. Je la lirai avec plaisir.


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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 06:50
LES SEIGNEURS DE L'INSTRUMENTALITE de Cordwainer SMITH
TU SERAS UN AUTRE
LE REVEUR AUX ETOILES
LES PUISSANCES DE L'ESPACE
L'HOMME QUI ACHETA LA TERRE
LE SOUS-PEUPLE
LA QUÊTE DES TROIS MONDES

Ed Pocket
Trads : Simone Hilling/Michel Demuth/
Denise et Yves Hersant/Alain Doremieu/Michel Deutsch

Où commence le livre ? Il y a quinze mille ans disent les uns, dix huit mille disent les autres. Simples débats d'historiens ; le livre ont peut toujours le lire.

Paul Byron Anthony Linebarger (USA1913-1966) alias Cordwainer Smith a probablement une biographie dont on pourrait faire un roman. L'auteur de ce grand classique sf totalement atypique qu'est Les Seigneurs de l'Instrumentalité a toujours refusé la célébrité. Ce n'est qu'après sa mort que sa véritable identité fut connu et son cycle publié intégralement. Seules quelques rares textes ont été édités dans diverses revues sf. Pour plus de renseignements Le Cafard cosmique a un beau dossier sur l'auteur et son oeuvre et il existe aussi une critique de la salle 101. Après les avoir lu, vous allez trouver mon petit billet insipide certes mais j'espère que vous le lirez jusqu'au bout ne serait ce que pour dire que vous préférez les autres. Par contre, il va falloir vous y faire cela va être long. Il existe également un site officiel de Cordwainer Smith créé par sa fille que vous pouvez consulter.

Ma découverte de ce cycle unique en son genre, avec un ton et un style qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, s'est faite avec l'édition en six tomes chez Pocket. Il existe actuellement une réédition plus complète et avec une nouvelle traduction, chez folio sf. S'agissant d'une relecture, j'ai choisi de relire dans l'ancienne édition afin de pouvoir comparer mes impressions à des années d'intervalles sur un même texte. Et bien, il faut reconnaître que la magie a pris de nouveau. Je suis toujours aussi sensible au charme du ton poétique de l'oeuvre que j'avais adoré à la première lecture.

INSTRUMENTALITÉ DU GENRE HUMAIN : corporation établie après le succès de la rébellion contre les Jwindz dirigée par Laird, Juli Vom Acht et la bandes des Cousins. Son but est de servir tout le genre humain sans le manipuler (RA). Corps dirigeant la plus grande ou la totalité du genre humain (BI). Ses maximes : «  surveiller sans gouverner, arrêter la guerre sans la déclarer, protéger sans contrôler, et plus que tout survivre ! ». Elle protège les hommes et leurs mondes contre les non-humains. Elle laisse ses membres commettre des erreurs et des crimes et se suicider. Elle fait pour l'humanité ce qu'un ordinateur ne peut pas faire (CG). Elle a vocation à lutter pour que l'homme reste l'homme (ST) Elle peut corrompre ses propres officiers (SP). (extrait du lexique)


Le cycle des Seigneurs de l'Instrumentalité s'étend sur une trentaine de nouvelles et deux gros romans L'homme qui acheta la Terre et sa suite Le Sous-peuple. Il s'agit du Livre du futur qui raconte sur une période d'environ dix huit mille ans, l'avenir de l'humanité sous la surveillance des Seigneurs et Dames de l'Instrumentalité. Dans notre futur, l'humanité a connu d'abord le Premier Age de l'Espace avant de se replier sur elle-même abandonnant les rares planètes colonisées à leur sort. L'homme sort enfin de son inertie grâce aux trois soeurs VomAcht et leurs cadeaux (mais seule le cadeau de la troisième soeur ne fut pas accepté par les hommes mais seulement par les sous-êtres) et l'Instrumentalité du Genre Humain est créée. On retrouve les chemins vers l'espace, et l'invention des vaisseaux planoformes qui peuvent dépasser la vitesse de la lumière permet de coloniser des milliers de planètes et de reprendre contact avec celles du premier âge dont La Norstralie où grâce à une maladie mutante de ses moutons, les habitants deviennent monstrueusement riches en vendant le produit qu'ils en tiraient : la santaclara, le stroon qui prolongeait la vie. L'humanité pouvait vivre jusqu'à quatre cent ans avec cela. La Révolution du Plaisir fut proclamée. Les humains vivaient tous pareils jusqu'au même âge, sans maladie, souffrance, ou fléau, dans un bonheur abrutissant que l'on maintenait artificiellement par des drogues s'il le fallait. Les noms furent remplacés par des numéros. Depuis longtemps, des animaux avaient été transformés en sous-êtres afin de faire le travail que les robots ne pouvaient pas faire. Bien qu'étant pensants, ils restaient légalement des animaux et n'avaient pas accès aux droits fondamentaux dont bénéficiaient les hommes véritables. Mais, l'utopie prend fin lorsque l'Instrumentalité se rend compte que les hommes sont malheureux et vont probablement s'éteindre. Alors que certains d'entre eux souhaitent offrir la liberté aux sous-êtres, la majorité proclame La Redécouverte de l'Homme avec la possibilité d'être à nouveau heureux, malheureux, bons ou mauvais, de mourir de maladie ou d'accident. Cette histoire aurait pu se poursuivre et peut-être aurait-on enfin pu savoir que les sous-êtres ont obtenus l'émancipation et l'égalité des droits civiques, par exemple si l'auteur n'était pas décédé suite à une attaque cardiaque.

Il se créa une légende...comment ? Chacun connaissait l'histoire d'Hélène Amérique et de M. Plusgris, mais nul se savait exactement comment s'étaient passées les choses. Leurs noms furent scellés parmi les joyaux éternels et scintillants des idylles. Parfois, on les avait comparés à Héloïse et Abélard, dont on avait retrouvé l'histoire dans une bibliothèque depuis longtemps enfouie. A d'autres époques, on devait rapprocher leur vie de la légende étrange, merveilleuse et sombre du Brave-Capitaine Taliano et de Dame Dolores Oh. De tout cela deux choses se détachaient : leur amour et l'image des grandes voiles photoniques, ces ailes de métal qui enfin emportèrent les hommes jusqu'aux étoiles. Vous parliez de lui et l'on savait qui elle était. Vous parliez d'elle et on le citait lui. Il était le premier marin qui fut jamais revenu sur Terre et elle était la dame qui avait vogué à bord de l'Ame. (extrait/La dame aux étoiles/Les Seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith)

La manière dont a été conçu chaque texte de ce cycle fait qu'il ne donne pas l'impression d'être inachevé ou incomplet. En réalité, l'auteur aurait pu indéfiniment ou au moins jusqu'à ce qu'il se lasse continuer à écrire dans cet univers si particulier. Chaque texte est un fragment, et puis Cordwainer Smith ne s'intéresse pas à raconter l'Histoire, d'ailleurs en règle générale, il dévoile les tenants et aboutissants dès le début, il évacue les grands évènements de notre avenir pour se consacrer sur la petite anecdote à côté de la grande histoire. Et il raconte comme un conte, une fable, une légende, ces petits fragments qui s'insèrent dans un grand tableau d'ensemble. Parfois, c'est une histoire triste, parfois c'est une histoire drôle, parfois les deux. On peut parfaitement pleurer de rire avec une nouvelle aussi délicieusement hilarante (et j'emploie le mot délicieux au sens culinaire du terme) que La Planète de Gustible et pleurer tout court à la tragédie de La Dame défunte de la ville des gueux. Apparemment, le fait que l'auteur ait écrit tout seul dans un coin sans publier de son vivant, fait qu'il s'est permis toutes les audaces et libertés qu'un éditeur lui aurait probablement refusé s'il était sous contrat (« Non Cordy, là tu vois, ça va pas être possible, nos lecteurs ne vont pas te suivre. Et puis d'où sortent ces titres La ballade de C'Mell, La mère Hitton et ses chatons, pas sf, pas vendeur). Du coup, nous avons droit à une oeuvre totalement unique qui devient une source d'émerveillement face aux idées et aux images engendrées à chaque histoire. Et des idées ahurissantes on en croise des plus inattendues. Connaissez vous les peines encourues pour des crimes aussi curieuses que le conditionnel-conditionnel où le condamné est exilé loin de sa planète sans être incarcéré avec possibilité d'y revenir mais si son crime a eu des conséquences néfastes il sera condamné à des peines plus sévères comme les rêves châtiments, la déportation vers l'effroyable planète Shayol ou bien devenir un oublieur. Oui on peut croiser des individus qui ont le don psychique de modifier la chance (et en temps de guerre, c'est très utile), des gentilhommes-suicides, des personnages attachants et fascinants comme C'Mell la fille-chat qui oeuvre dans l'ombre à la liberté des sous-êtres, T'Ruth l'enfant tortue programmée pour vivre jusqu'à quatre vint dix mille ans, Rodd McBann le Norstralien devenu si riche qu'il acheta la terre, sa servante qui devint chirurgicalement un autre Rodd McBann et fut promus au rang de Seigneur de l'Instrumentalité. Il existe une planète des voleurs Viola Siderea et une des receleurs Olympia. En règle générale, lorsque les voleurs de Siderea sont en scène, cela donne toujours des passages forcément très marrants à lire et le plus souvent ce sont des dialogues tels que :
« Tu es le plus doué Benjacomin. Tu es le plus grand voleur de tous les temps.(...)/Le Stroon, le sérum de vie. La Norstralie est la seule planète à le produire (rien à voir avec le texte mais on voit d'où Herbert à sorti son idée de l'Epice hein,) Benjacomin. Elle est inimaginablement riche. /J'ai juré de la dévaliser ou de mourir Et j'ai envie de vivre. Ce sera le plus grand vol de tous les temps. (...)/Les Hitton sont Maîtres d'Armes depuis sept mille ans. Et les Norstraliens dorment sur leurs deux oreilles. On dit que les armes dorment aussi. D'un long sommeil fiévreux/ Moi aussi je dors bien. J'ai été entraîné à la décontraction pendant deux cents ans. Je réussirai/Il le faut Benjacomin. Sinon nous devrions tout rembourser, peut-être même devenir honnêtes. Pour notre planète ce serait la fin de tout./ » ( extrait de La mère Hitton et ses chatons/Les seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith)


Et je pourrais continuer à vous en parler des pages et des pages, sur les influences cosmopolites et surtout orientales de l'auteur (on sent qu'il n'est pas centré sur de l'américanisme à outrance), son humanisme qui transparaît dans ses textes, la présence de personnages féminins très forts alors qu'à l'époque ce n'était pas vraiment une évidence pour le genre. Il y aurait tant à dire sur la forme et le fond, de ce cycle totalement hors normes que je vais finir par vous ennuyer grave. Je vous encourage vivement à découvrir ce grand classique de la sf qui a toute les chances de plaire même aux réfractaires à la sf. Merci de m'avoir suivi jusque là.


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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 06:44
A LA POINTE DE L'EPEE d'Ellen KUSHNER
Ed Calman Levy/296p
Trad (anglais) : Patrick Marcel

Ajout de dernière minute : La salle 101 propose un entretien avec Ellen Kushner à l'occasion de la sortie de ce roman. Vous pouvez aller sur la page de téléchargement du site pour écouter l'émission. Charmante, beaucoup d'humour et s'exprimant très bien en français, elle va vous donner envie de lire ses livres

Que le conte de fée commence donc par un matin d'hiver sur une unique goutte de sang fraichement tombée sur l'ivoire de la neige : une goutte aussi vive qu'un rubis nettement taillé, vermeille comme une unique tâche de clairet sur un jabot de dentelle. (extrait)

Est-ce que cette phrase ne vous donne pas envie d'en savoir plus ? Moi oui. Elle fait partie de la première page, un vrai bonheur à lire cette première page, elle vous plonge dans l'envie de lire la suite. Jugez plutôt :

Richard Saint-Vière est le meilleur bretteur des Bords-d'Eaux, quartier laissé à l'abandon, devenu le repaire des prostituées et des truands. La noblesse s'arrache ses services à prix d'or afin de régler ses affaires d'honneur par bretteurs interposés (trop vulgaire de faire cela soi-même). Il finit donc par se retrouver au centre d'une série d'intrigues politiques et personnelles qui pourraient bien le mener à sa perte.

C'est avec Thomas le rimeur que j'ai découvert Ellen Kushner (lisez le si ce n'est déjà fait) et j'attendais avec impatience depuis des années la publication en français de ce roman. Bien que publié dans une collection de fantasy, on n'y retrouve pas de magie, de dragon et autre prophétie. On pourrait parfaitement lire ce roman comme un roman de cape et d'épée façon Dumas. Le seul élément qui le différencie c'est que l'histoire se passe dans un pays et une ville imaginaire dans une époque assez proche du XVIIème - XVIIIème siècle européen mais sans l'être tout à fait. D'où le fait que l'auteur peut donc se permettre d'y aller franchement dans le romanesque pur sans avoir à s'inquiéter de réalités historiques.

Le monde décrit est assez fascinant à découvrir. D'un côté, celui de la noblesse de ce royaume, où tout n'est qu'apparence et futilité. La seule chose que l'on demande à ces gens c'est de savoir harmoniser leur tenue vestimentaire, avoir les bonnes poses pour bien se mettre en valeur. Tenir l'épée ? Quelle horreur, on laisse ce genre de vulgarité au commun. Les bretteurs sont là pour régler la moindre querelle même la plus futile à votre place et pour mourir à votre place aussi. De l'autre, ce sont les bordiers, les habitants des Bords-d'Eaux, la misère, les petites combines, les combats pour la survie. On ne s'y fait aucun cadeau mais on reste unis face aux autorités et à sa milice. Question d'honneur. Ces deux mondes ne se comprennent pas ou plus depuis très longtemps.

Et comme en plus, les personnages sont attachants, l'intrigue passionnante au point que je n'ai pas lâcher le livre avant la fin, et que c'est bien écrit avec beaucoup d'élégance, et bien au final cela donne un gros coup de coeur.

Il y a toujours le petit plus qui fait tourner les pages et fait battre votre petit coeur de lectrice pour le héros (bon son coeur est déjà pris c'est sûr car il partage sa vie avec un certain Alec jeune étudiant légèrement névrosé à tendance suicidaire mais sait-on jamais, des fois que...) : va t-il réussir à se dépêtrer de l'énorme sac de noeuds bien compliqué dans lequel il se trouve ? Pourra t-il enfin vivre le parfait amour avec son amant ? Les méchants seront-ils punis ? Et que vont devenir les autres personnages pour qui on s'est pris d'affection ?

Je me suis également beaucoup amusé à la lecture de certains passages dont un chapitre sur une représentation théâtrale et la critique qui en est faite par Richard qui vaut le détour. Sans compter cette réflexion de la part d'Alec suite à un des coups d'éclat de son bretteur adoré : « Tu es un héros. Les petits enfants te fourreront des bouquets de fleurs dans les mains, sur ton passage. Les vieilles femmes se jetteront en pleurant dans tes bras. Ne restes pas trop longtemps immobile : les pigeons vont te prendre pour un monument et te chier dessus. » (extrait) Oui j'ai un humour débile parfois mais ce, passage m'a beaucoup fait rire.

Des duels à l'épée qui font monter votre tension, un grand amour contrarié, des complots, des trahisons, des larmes, du sang, du rire, le tout en moins de trois cent pages, faut le faire et c'est très très bien fait.

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